3. MOUVEMENT SYSTEMIQUE.

Sous l'appellation de "mouvement systémique", on regroupe un ensemble d'activités de recherche scientifique et d'interventions pratiques dans la gestion de systèmes institutionnels, économiques, sociaux ou écologiques qui partagent un certain nombre de présupposés (1). Parmi les plus importants, on peut citer les suivants:

  1. Il existe des lois générales communes, transdisciplinaires, régissant les systèmes complexes et fortement interactifs, qu'ils soient physico-chimiques, biologiques, écologiques, économiques, sociaux, cognitifs, naturels, construits ou hybrides.

  2. Ces lois, bien que respectant les principes fondamentaux de la physique (concernant les transformations de l'énergie et de l'entropie), sont de nature relationnelle ou cybernétique. Elles ne sont pas liées tant à la matière constituant les systèmes, qu'au réseau de leurs interactions internes et externes. Par exemple, le comportement stable (homéostasie) d'un système possédant dans son organisation interne une boucle de rétroaction négative est une propriété de nature cybernétique, relationnelle, qui ne dépend pas de la constitution matérielle du système.

  3. Certaines lois ou certaines propriétés sont de caractère systémique ou holistique, dans le sens qu'elles concernent l'ensemble du système; elles ne peuvent pas être réduites à un composant ou à un événement isolé, ni même à une relation entre quelques éléments. Certaines interdépendances impliquent tous les composants. Il est des propriétés émergentes qui n'ont d'existence qu'au niveau du système comme totalité indivisible. L'opinion publique est un exemple de propriété holistique et existentielle d'un système social. De même les propriétés téléonomiques, c'est-à-dire les propriétés donnant une direction à l'état présent d'un système (but, tendance, propension, etc.). La vie, la conscience, ou plus généralement le degré d'autonomie (la faculté de se donner sa propre loi), sont des propriétés émergentes de certains systèmes, qui dépendent de leur degré de complexité.

  4. Finalement, il faut insister sur le fait que l'existence de lois générales et d'invariants transdisciplinaires n'implique pas que les systèmes naturels soient déterministes et prédictibles. Bien au contraire, le caractère non-linéaire de certaines lois d'évolution rend les systèmes loin de l'équilibre très sensibles aux fluctuations et au bruit, donc au contingent. L'évolution des systèmes est ainsi la résultante d'un jeu entre contingence matérielle et nécessité relationnelle.

Le mouvement systémique peut être vu comme un dialogue entre nature et culture, plus précisément comme un mouvement de va-et-vient entre la recherche des lois de la nature et l'application de méthodologies issues de ces découvertes. Pour suggérer l'aspect cyclique et continu de ce processus, on a représenté sur la figure 1 le mouvement systémique comme un organisme vivant, un arbre, plongeant ses racines dans l'étude de la nature et lançant ses branches dans l'environnement social et écologique de l'homme. Ces branches, représentant les principaux domaines d'application de méthodologies systémiques, ont à leur tour un impact sur l'homme et son environnement, donc sur la nature, ce qui appelle une réévaluation des modèles théoriques précédents.

Qui veut appréhender le paradigme systémique dans sa logique profonde ne peut donc se cantonner à appliquer mécaniquement des recettes de conception, de "design", de management ou de thérapie systémiques, ni se plonger dans une recherche pure et déresponsabilisée des lois de la nature. La pratique de la systémique se doit d'être systémique!


© September 1996 by Ateliers Bartimée, André L. Braichet, abraichet@access.ch