La première, centrée sur l'objet, est le réalisme, qui affirme que notre connaissance atteint la vraie réalité, constituée de "choses" (res: la chose) ayant une existence indépendante de l'observateur. La deuxième, centrée sur la relation entre le sujet et l'objet, est l'idéalisme. Ce nom recouvre plusieurs doctrines qui toutes réduisent le monde aux idées que nous en avons et qui postulent le primat de l'idée sur la matière. Ces deux attitudes ont été adoptées dès les débuts de la pensée philosophique; Parménide et Démocrite sont deux adeptes de la priorité du permanent, de la substance, des choses. Héraclite et Platon, eux, mettent l'accent sur le changement, le processus, les idées, bref la relation. La relation est considérée ici comme une entité primordiale universelle (comme la substance pour les réalistes d'ailleurs) présente lorsqu'il y a deux termes corrélés: deux instants pour le changement, deux points de l'espace-temps pour un processus, un sujet (contenant un symbole) et un objet (la chose symbolisée) pour une idée, un émetteur et un récepteur pour de l'information.
Sur la branche du réalisme on distingue deux embranchements. Le premier distingue le dualisme du monisme; ce dernier affirme que la réalité est finalement constituée d'une seule substance, matière pour les matérialistes, substance immatérielle ("esprit") pour les spiritualistes. Selon le dualisme, on l'a vu, la réalité serait constituée de deux substances, matérielle et immatérielle, sans que soit bien précisée la manière dont ces deux substances s'articulent.
On voit sur la figure une troisième branche qui correspond à l'attitude de ceux qui mettent l'accent sur le tout, c'est-à-dire qui ne réduisent l'être ni uniquement à des choses ni uniquement à des relations, mais qui considèrent que ce qui est c'est l'ensemble des choses en relation. Même si l'on peut reconnaître des précurseurs de la pensée holistique dans l'histoire, c'est surtout depuis une cinquantaine d'années qu'on assiste à une multiplication de promoteurs de cette façon de voir. Il est vraisemblable que la pression exercée sur l'épistémologie par la mécanique quantique (David Bohm), les recherches fondamentales sur les systèmes vivants et les systèmes complexes en général (Rupert Sheldrake), sur le cerveau (Karl Pribram) et sur les fondements de la logique et de la théorie des nombres (Kurt Gödel) ont incité des philosophes, tels que Jan Smuts, Ervin Laszlo et d'autres, à développer les éléments d'un paradigme holistique.
Notons pour clarifier les idées, deux points importants. Premièrement, le holisme ne doit pas être confondu avec le dualisme; pour le dualiste, il existe deux mondes séparés, celui de la matière, des phénomènes sensibles, d'une part, et celui de la pensée, des idées, de l'autre. La connection entre ces deux mondes est assez mystérieuse; la nature et le degré d'"existence" de l'"esprit" sont quelques fois sources de dérapages mystiques, voire magiques. Le holisme ne doit pas être confondu davantage avec le monisme qui réduit l'être à une seule substance. La vision holistique ne correspond pas non plus à une mélasse informe où "tout est dans tout et réciproquement". La grille de lecture holistique reconnaît, à tous les niveaux, la coexistence symétrique et distincte des objets et des relations, chacun avec son mode d'existence particulier. De plus, du jeu ontologique (c'est-à-dire dû à leur nature propre) entre objets et relations, émerge un tout qui est ce qui existe. Le tout est difficile à décrire par le langage, car c'est une catégorie primordiale qui n'est définissable que par elle-même et à laquelle on ne peut probablement que s'accoutumer (ou ne pas s'accoutumer). Les notions d'objet et de relations sont tout aussi primordiales mais elles sont plus proches de nos perceptions immédiates et des catégories courantes du paradigme logico-empiriste. La notion de tout a été totalement évacuée par l'approche réductionniste, dont le propre est précisément de réduire les entités complexes à leurs parties, faisant ainsi disparaître leurs attributs holistiques. C'est peut être dans l'histoire de la sagesse universelle (philosophia perennis) que l'on trouvera le plus d'allusions à l'être et à ses attributs holistiques.
Alors que les trois positions philosophiques que nous venons de passer en revue, réalisme, idéalisme et holisme sont toutes l'expression de préoccupations métaphysiques, il est encore une attitude, assez répandue surtout au début ce ce siècle et qui refuse tout préjugé métaphysique, c'est le positivisme et sa version intégriste, le positivisme instrumentaliste. Le positivisme, popularisé par Auguste Comte (1798-1857), est une doctrine qui vise à baser la connaissance uniquement sur l'expérience et les faits. Dans sa version fondamentaliste, la science n'est qu'un outil pour découvrir des règles de calcul, des recettes, permettant de faire des prévisions sur les phénomènes observables expérimentalement. Si cette attitude a pu protéger d'aucuns contre des égarements mystico-métaphysiques, elle restreint aujourd'hui l'étude des systèmes non-linéaires et chaotiques intrinsèquement imprévisibles, de même que l'étude de métamodèles qui ne décrivent pas directement des phénomènes observables mais qui discutent des principes sous-jacents aux modèles utilisés pour décrire les phénomènes observables.