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LE PARADIGME SYSTEMIQUE
La systémique n'est pas une nouvelle science qui viendrait s'ajouter aux disciplines reconnues comme la chimie, la biologie ou la psychologie ou l'anthropologie. Ce n'est pas une nouvelle méthode de management, de thérapie, d'enseignement ou de jardinage. Ce n'est pas non plus un nouveau discours philosophique.En fait, c'est une autre vision du monde qui, certes, se manifeste sur les plans scientifique, pratique et philosophique, mais, surtout, met en cause les fondements de notre interprétation du monde.
C'est un nouveau paradigme.
Cette vision se distingue de la vision scientifique dominante aujourd'hui qui est issue de la révolution culturelle de la Renaissance. A cette époque, en effet, le modèle scolastique du monde médiéval fut peu à peu remplacé par le modèle empirico-rationaliste, fondé sur l'observation de la nature et la modélisation logico-mathématique.
Ce modèle d'inspiration mécaniste qui nous paraît toujours la seule voie pour comprendre le monde, cache en fait un certain nombre de présupposés qui sont rarement explicités et dont un des principaux est le réductionnisme. Celui-ci est basé sur la croyance que toute situation, aussi complexe soit-elle, peut être comprise en la réduisant en une somme de parties plus simples, plus faciles à comprendre. Les molécules seraient réduites à des combinaisons d'atomes, les cellules vivantes à des réactions physico-chimiques, la société serait comprise grâce à la psychologie - voire la biologie - de ses membres, la pensée par la physiologie du cerveau, etc. Les principaux présupposés du paradigme mécaniste sont donc les suivants:
- le réductionnisme: tout système peut être compris en le réduisant à ses éléments
- le réalisme: il y a une réalité extérieure, indépendante et connaissable,
- le matérialisme: cette réalité est matérielle (physicalisme),
- le dualisme: il y a le monde sensible des choses matérielles et le monde idéel des lois immatérielles que suivent les mouvements des choses .
La vision systémique, elle, considère le monde comme un vaste système dynamique irréductible constitué de réseaux complexe de systèmes à différents niveaux de pertinence, de sous-systèmes et de super-systèmes emboîtés et interdépendants - donc inséparables - dont nous faisons, d'ailleurs, aussi partie. Cette vision remet en cause la plupart des présupposés du paradigme empirico-analytique mentionnés ci-dessus.
Dans l'approche systémique, ces présupposés ne sont pas rejetés d'emblée, mais considérés comme des approximations qui ne sont valables que dans des cas simples:
- Le réductionnisme est remplacé (ou élargi) par la prise en compte des interdépendances entre les parties,
- le réalisme naïf est remplacé par la prise en compte du fait que nous faisons nous-mêmes partie de la nature que nous essayons de nous représenter, que nous y agissons, donc modifions notre environnement. Ainsi la notion de réalité donnée, indépendante de nous, perd de sa pertinence.
- Le matérialisme (ou physicalisme), c'est-à-dire la croyance que le monde se réduit à des objets matériels, n'est qu'une vue partielle du monde
- la dualité objets physiques matériels / lois du mouvement immatérielles, est complétée par la notion de système, une entité plus globale intégrant en un tout cohérent la matière, les relations entre éléments (les "lois du mouvement") et d'où émerge un niveau unitaire et holistique d'existence tel un être vivant ou un système social.
SYSTEMES COMPLEXES
L'approche systémique n'est donc pas une spécialité nouvelle qui s'ajouterait aux autres mais une grille de lecture qui affecte toutes les disciplines, surtout celles qui traitent de systèmes complexes comme la biologie, l'écologie, les sciences sociales et économiques, les sciences cognitives et les sciences humaines en général. Le paradigme systémique laisse entrevoir la possibilité de mieux comprendre la nature des phénomènes complexes de type holistique, comme la vie et la conscience, difficiles à traiter par des approches réductionnistes et matérialistes. Malheureusement, on réalise également qu'il n'est pas possible de modéliser dans tous les détails les situations concrètes complexes, donc qu'il est impossible de prévoir l'avenir avec précision: le principe de précaution remplace la prétention de prévoir. Le paradigme systémique concerne moins le quantitatif (la grandeur) que le qualitatif (les interdépendances et le sens).
Le paradigme systémique ne se réduit pas à une mise en cause abstraite des présupposés philosophiques - épistémologiques et ontologiques - sur lesquels repose notre description des phénomènes du monde. Il inclut également, sur un plan plus opérationnel, de nouveaux outils conceptuels pour interpréter et comprendre la nature, en particulier les systèmes complexes et auto-organisants, comme les organismes vivants, les écosystèmes, les systèmes sociaux, économiques et cognitifs. A partir des années 1950, on a commencé à réaliser que, fondamentalement, ces entités de différentes natures (thermodynamiques, biologiques, écologiques, sociales, etc.) étaient organisées sur la base des mêmes structures et des mêmes processus: structures dissipatives (themodynamiques), rétroactions (cybernétiques), auto-organisation (dynamique non linéaire), auto-production (autopoièse, logique du vivant), autonomisation, qui peuvent être décrits, en partie, par le même jeu d'outils et de concepts, les uns déjà bien connus, d'autres plus récents: thermodynamique loin de l'équilibre, cybernétique, dynamique non linéaire, théorie du chaos, fractales, bifurcations, automates cellulaires, etc. qui constituent les ingrédients d'une théorie générale des systèmes complexes.
UN EXEMPLE DE SYSTEME COMPLEXE: LA SOCIETE ACTUELLE, SES ACTEURS, SES RESEAUX ET SA DYNAMIQUE PROPRE.
Comme on l'a mentionné, l'approche systémique n'est pas qu'une philosophie abstraite mais également une grille de lecture, un paradigme, permettant de mieux décoder le monde et en particulier l'environnement terrestre et la société humaine. L'accumulation récente de problèmes écologiques, sociaux, économiques et financiers semble indiquer que notre façon de comprendre le monde dans lequel nous nous trouvons n'est pas adéquate.
Parmi ceux qui tentent de comprendre ce qui ne joue pas dans notre façon de modéliser le monde qui nous entoure et de proposer des voies de changement, il faut mentionner James G. Speth, professeur et chercheur à l'université de Yale (USA) qui vient de publier un ouvrage intitulé The Bridge at the Edge of the World (Le pont aux confins du monde). Son point de départ est l'immense défi environnemental qui est devant nous. L'originalité de son approche est de remarquer que la réalité écologique n'est pas isolée mais qu'elle est reliée à d'autres réalités: l'inégalité sociale croissante et l'érosion du contrôle démocratique. L'auteur prône une mobilisation de nos ressources politiques et spirituelles pour amorcer une transformation profonde sur ces trois fronts. Speth est aussi critique vis-à-vis des mouvements écologistes en remarquant que malgré le développement et la sophistication croissante de ces mouvements, l'environnement continue à se déteriorer. Son diagnostic est que ces mouvements se sont déployés à l'intérieur du systéme socio-écolo-économique. Sa proposition est de passer à l'extérieur du système et de procéder à une analyse critique basique de ce qui se passe. Ceci est d'autant plus difficile que nous sommes pris dans un filet cybernétique homéostatique de récompenses et de punitions.
Sur le plan pratique (et collectif), la plus grande menace du système économique actuel est sa grande consommation de ressources terrestres et la production concomitante de grandes quantités de déchets. L'objectif central est donc de modifier le "mode d'emploi" du système économique actuel pour le transformer d' hyper-consommateur de ressources et de producteur de déchets en protecteur et rénovateur du monde naturel. La conclusion de l'auteur est que la déterioration de l'environnement est la conséquence des défaillances systémiques du système capitaliste en vigueur actuellement. Seuls trois obstacles freinent le changement: les entreprises, les gouvernements et... nous. Il s'agit donc d'opérer une profonde transformation culturelle où chacun peut et doit intervenir.
Hervé Kempf, journaliste scientifique au journal Le Monde, partage, pour l'essentiel, cette façon de voir. Il l'a exposé dans son dernier ouvrage (en français!) intitulé: Pour Sauver la Planète, Sortez du Capitalisme. Il y indique des pistes de changement, par exemple de compléter/remplacer la compétition et la marchandisation par la coopération et la généralisation des échanges non marchands.
C'est l'ouvrage que nous étudierons cette année et nous poursuivrons la discussion en examinant l'aide que le paradigme systémique pourra apporter dans cette nécessaire évolution.
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SUJET D'ETUDE: Hervé Kempf |
Les prochaines séances auront lieu lieu à 17h00:
les mercredis 12 mai, 16 juin, 4 août et 8 septembre 2010 dans le bâtiment principal de l'Université,
av. du 1er-mars 26, rez de chaussée, salle B41 (sauf avis contraire) à Neuchâtel.
Toutes les personnes intéressées par cette problématique sont cordialement invitées. Il n'est pas nécessaire d'avoir participé à des rencontres précédentes.
Renseignements:
Eric Schwarz - Autogenesis
Université de Neuchâtel (anc. CIES)
CH 2000 Neuchâtel, Suisse
Tél + Fax: +41 (0)32 753 49 73
email: eric.schwarz@unine.ch
Site Internet: http://www.autogenesis.ch